31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00
 

 

 

Vers à Églé

 
Suzanne Verdier-Allut

Transcription et remaniement par Dina Sahyouni

http://academiedenimes.org/_/wp-content/uploads/2011/10/verdier-allut.jpgCrédit photo : portrait de Suzanne Verdier-Allut (site de l'Académie de Nîmes)*

 

 Ah ! Que l'amour fait bien entre les belles,
pour ses desseins partager ses faveurs !
là, deux beaux yeux domptent les plus rebelles;
grâce modeste ici gagne les coeurs.
L'une a la taille élégante et légère,
l'autre un éclat dont les lys sont jaloux.
Tous les moyens d'arracher et de plaire,
charmante Églé, se rencontrent chez vous.
Qu'on est charmé, que l'oreille est contente,
quand votre lyre à vos doigts obéit !
comme aux accents de votre voix touchante,
le cœur ému s'étonne et s'attendrit !
Ainsi que vous, Melpomène soupire ;
si vous dansez, vous nous enchantez tous.
Ce que l'on aime et ce que l'on admire,
brillante Églé, ne se trouve qu'en vous

 

 

*Url. http://academiedenimes.org/_/wp-content/uploads/2011/10/verdier-allut.jpg

 

 

Pour citer ce poème

 

Suzanne Verdier-Allut, « Vers à Églé » (texte extrait de l'Almanach des muses, par Claude Sixte Sautreau de Marsy, Charles Joseph Mathon de la Cour, Louis-Jean-Baptiste-Étienne Vigée, Marie Justin Gensoul, éd. De Lalain, 1785, p. 192), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes . Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-vers-a-egle-112237558.html/Url. http://0z.fr/A-mNA


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb315582555/PUBLIC


http://academiedenimes.org/_/historique/les-academiciens-celebres/

 

Auteur(e)


Suzanne Verdier-Allut  (Suzanne Verdier ou Suzanne Allut, Mme, née en 1745 et morte en 1813), est femme de lettres et académicienne (élue à l'Académie de Nîmes).

 

 

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Air

    

Madeleine de Scudéry

Transcription et remaniement par Dina Sahyouni 

 


Quand verrai-je ce que j’adore

Éclairer ces aimables lieux ?
Ô doux moments, ô moments précieux,

Ne reviendrez-vous point encore ?

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c0/Portrait_madame_scudery_1607_hi.jpg?uselang=fr

Crédit photo : portrait de Madeleine de Scudéry  (commons.wikimedia.org)

 

 

 



 

 
 

 

 

 

Pour citer ce poème

 

Madeleine de Scudéry, « Air » (ce poème a été publié dans l'ouvrage de Bénigne de Bacilly, Suite de la première partie du recueil des plus beaux vers qui ont été mis en chant, Paris, chez Charles de Sercy, 1661, p. 439), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes . Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-air-112240541.html/Url. http://0z.fr/e286e

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

http://www.bibliotheque-mazarine.fr/exposcudery/exposcudery.htm

http://lesmadeleines.free.fr/littterature/scudery.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Madeleine_de_Scudéry

 

Auteur(e)

 

 Madeleine de Scudéry (1607-1701)

 

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Critique & réception

 

 

 

À propos du recueil
 
Je veux juste être tranquille  
 
d’Anne-Marie Reine Le Pape

 

          

 Dina Sahyouni

 

 

 

Je veux être tranquille

 

© Crédit photo : couverture du recueil

 

 

 

 

Titre : Je veux juste être tranquille

Auteure : Anne-Marie Reine Le Pape

Éditions : Anne-Marie Reine Le Pape  

Parution : 2012
Taille du fichier : 296 KB
Genre : Poésie 
Langue : Français
 Format : Format Kindle
Pages de l'édition imprimée : 137 p.
ASIN : B0091VIDKS
Vendu par : Amazon Media EU S.à r.l.

Prix : 5, 15

Url.http://www.amazon.fr/veux-juste-être-tranquille-ebook/dp/B0091VIDKS

  

Auteure

 

Anne-Marie Reine Le Pape : est avocate. Sous le nom de plume d'Anne-Marie Reine Le Pape, elle a publié Je veux juste être tranquille, recueil de 25 textes sur la violence conjugale, en ebook (gratuitement téléchargeable pour un usage personnel les, 21, 22 et 23 novembre 2012 sur le site Amazon en l'honneur de 1) la journée internationale des droits de l'enfant (20 novembre), 2) la journée mondiale pour l'élimination des violences faites aux femmes (25 novembre à venir) et 3) du mois extraordinaire des talents des personnes handicapées (qui se déroule tout le mois de novembre à Paris). Site : url. blog.jeveuxjusteetretranquille.net/  

***
L'auteure nous livre dans Je veux juste être tranquille vingt-cinq poèmes poignants qui incitent à la réflexion surtout dans nos sociétés postmodernes qui fabriquent à la chaîne des formes nouvelles de violences envers autrui. Les réseaux sociaux n’échappent pas à cela et parfois on se demande pourquoi certaines personnes tombent dans la violence et agressent les autres ?
Des histoires d’adolescentes, d’écolières, d’étudiantes (pour ne citer que les violences faites aux femmes) peuplent les réseaux sociaux, l'internet et les médias. Des cas de suicides, des vies gâchées, des femmes arrachées par la violence à leurs familles. L’incompréhension, la tristesse, l’indignation et la colère hantent nos jours…
Comment faire face à tout cela ? Que faire pour réveiller les consciences, comment dire et prévenir pour préserver la vie des femmes ?
 
Le recueil d’Anne-Marie Reine Le Pape est une oasis d’espoir, un lieu de mémoire, un geste envers elles, un cri poétique qui résonne dans un dialogue de sourd.e.s.
Je suis peut-être partiale dans ma critique de cet ouvrage mais c’est surtout l'avis d'une femme qui sait, qui a un certain vécu et qui réalise à quel point les violences ravagent des vies et détruisent les sociétés. Faut-il encore que toutes les femmes se mettent à crier pour réveiller le monde ?
 
Cette femme poète s’inspire, comme l’indique sa préface (voir p. 5), des faits et des témoignages bien réels. Ses poèmes traduisent la violence faite aux femmes (et aux enfants qui assistent aux scènes de violences conjugales)…
Des violences « physique[s] » et/ou « psychique[s)] » (sic) qui trouvent leurs racines dans la différence conçue par certain.e.s comme une forme d’infériorité…
Le recueil est bien présenté et documenté. Il met en évidence le poids des préjugés dans la vie de chacun.e d'entre nous. Les violences « physique[s] » et/ou « psychique[s)] » (sic) ne sont pas l'apanage des sociétés modernes mais elles existent depuis toujours.
Dire Non autrement, c'est ce qui motive le geste créatif d'Anne-Marie Reine Le Pape qui donne la parole tour à tour aux victimes comme au personnage qui tombe dans l'engrenage de la violence.
 
La misère sexuelle dit-on est une des sources des violences faites aux femmes mais on parle peu des ravages de la misère affective issue de la Révolution de l’amour des temps modernes et encore moins de la misère qui combine les deux et s’exprime par la dénonciation, le harcèlement moral, voire même par le viol en réunion...
Si les luttes contre les violences faites aux femmes, aux enfants, aux hommes, aux animaux sont un des moteurs de la pensée contemporaine, l'auteure s'inscrit, quant à elle, dans la tradition des écrits féministes (ou au moins engagés en faveur des minorités) des femmes de lettres comme Olympe de Gouges, Cornélie Wouters de Vassé et bien d’autres.
Ses poèmes sont des scènes vives où les drames des femmes se jouent. Une épopée lyrique de l’hypercontemporain et d’un quotidien anodin mis à nu... Ses poèmes vont de pair avec les statistiques qui narrent en chiffres l’indescriptible douleur. Ces statistiques traquent sans fard et en quelques lignes ce qui se déroule souvent à huis clos…
 
Le recueil est une chorale de voix, une polyphonie de cris mêlés de sang et d’espoir. Le silence n’est là que pour ponctuer et faire défiler les voix l‘une après l‘autre, l‘une avec l‘autre…
À l’instar de Françoise Urban-Menninger en parlant de l'œuvre de Dacia Maraini, je répète avec elle pour parler cette fois-ci d'Anne-Marie Reine Le Pape : « Les associations où elle milite lui fournissent des informations qui sont autant de matériaux qui nourrissent ses écrits et dont le but est d’éclairer notre conscience dans un monde où la cause des femmes est un combat qui se gagnera sur le front de l’intelligence et à la faveur d’une réelle évolution culturelle. » (voir cf. url. http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?page=article5&id_article=303).
 
On déroule le livre de l'auteure tel un papyrus et on se remplit page après page, vers après vers de cette révolte sacrée qui anime déjà les personnes qui défendent la vie. On fête le 25 novembre la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et ce recueil vient en témoigner, rendre hommage à ces héroïnes de tous les jours et renouveler notre engagement à l'égard des aïeules qui se sont battues pour que chaque être humain soit libre et respecté dans le monde.
 
Notre poète représente cette poésie engagée qui nomme l‘insoutenable et met en cage le mal qui rôde dans les rues, routes et ruelles de la planète. Ce mal qui frappe ici et là nos consœurs et les rend invisibles.
Crions ensemble donc. 
 
À bas les mutilations sexuelles des femmes !
À bas les violences conjugales !
À bas le viol et le viol en réunion !
Donnez aux fœtus XX le droit à naître.
Donnez aux filles le droit à l'éducation.
Donnez aux femmes âgées et/ou handicapées le droit à une vie digne.

 

 

Pour citer ce texte

 

Dina Sahyouni, « À propos du recueil Je veux juste être tranquille d’Anne-Marie Reine Le Pape » , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-a-propos-du-recueil-je-veux-juste-etre-tranquille-112801431.html/Url. http://0z.fr/R7wza

 

Auteur(e)

 

Dina Sahyouni

 

 

31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Épître XLIX



À madmoiselle de Lubert

Voltaire
Transcrit et remanié par Dina Sahyouni

 

 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ac/Nicolas_de_Largillière%2C_François-Marie_Arouet_dit_Voltaire_(vers_1724-1725)_-002.jpg

Crédit photo : portrait de Voltaire Portrait de Voltaire par Nicolas de Largillière (vers 1724-1725)
château de Versailles



Charmante Iris, qui, sans chercher à plaire,
Savez si bien le secret de charmer;
Vous dont le cœur, généreux et sincère,
Pour son repos sut trop bien l'art d'aimer;
Vous dont l'esprit, formé par la lecture,
Ne parle pas toujours mode et coiffure;
Souffrez, Iris, que ma muse aujourd'hui
Cherche à tromper un moment votre ennui.
Auprès de vous on voit toujours les Grâces;
Pourquoi bannir les plaisirs et les jeux ?
L'amour les veut rassembler sur vos traces,
Pourquoi chercher à vous éloigner d'eux?
Du noir chagrin volontaire victime,
Vous seule, Iris, faites votre tourment,
Et votre cœur croirait commettre un crime
S'il se prêtait à la joie un moment.
De vos malheurs je sais toute l'histoire;
L'amour, l'hymen, ont trahi vos désirs :
Oubliez-les; ce n'est que des plaisirs
Dont nous devons conserver la mémoire.
Les maux passés ne sont plus de vrais maux;
Le présent seul est de notre apanage,
Et l'avenir peut consoler le sage,
Mais ne saurait altérer son repos. 
Du cher objet que votre cœur adore
Ne craignez rien; comptez sur vos attraits :
Il vous aima : son cœur vous aime encore,
Et son amour ne finira jamais.
Pour son bonheur bien moins que pour le vôtre
De la fortune il brigue les faveurs;
Elle vous doit, après tant de rigueurs,
Pour son honneur, rendre heureux l'un et l'autre.
D'un tendre ami, qui jamais ne rendit
À la fortune un criminel hommage,
Ce sont les vœux. Goûtez, sur son présage,
Dès ce moment le sort qu'il vous prédit.***
 

 

 

Note déjà présente dans le livre

 

La mère du président Roujault, cité dans la lettre d'avril 1734 à d'Argental. (Correspondance), s'était opposée au mariage de son fils avec Muse et Grâce, ne voulant pas, disait-elle, avoir une bru bel-esprit. Mademoiselle de Lubert est morte fille (CLOG.), pp. 136-137.

 
 

***Il s'agit de Marie-madeleine de Lubert (Marie-madeleine de lubert (url. http://www.jstor.org/discover/10.2307/458568?uid=3739256&uid=2129&uid=2&uid=70&uid=4&sid=21102202471917)


   

Pour citer ce poème


Voltaire, « Épître XLIX. À mademoiselle de Lubert » (texte extrait des Œuvres complètes de Voltaire avec des remarques et des notes historiques, scientifiques et littéraires: Poésies, vol., par MM. Auquis, Clogenson et al., éd. Delangle Frères, 1828 (livre original provenant de l'Université de Princeton), 1785, p. 192, pp.136-137), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes . Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-2-epitre-xlix-a-mademoiselle-de-lubert-113070475.html/Url. http://0z.fr/5xZvv

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


http://gallica.bnf.fr/dossiers/html/dossiers/Voltaire/

http://gallica.bnf.fr/dossiers/html/dossiers/Voltaire/D2/voltaireG.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Voltaire

 

Auteur(e)

 

Voltaire , François-Marie Arouet (1694-1778)... 

 

Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Version traduite

Version originale


 

 

Nabil Helmi Chaker, 

 

« La divorcée » & « Jeune fille orientale »


 

 

 

Nelly Taza

   Textes traduits avec l'aimable autorisation de l'auteur et de sa maison d'édition

 

 

 

 

La divorcée


Tout ce qui est en elle incite à la contemplation... visage enfantin, innocent... sourire paisible, calme… amabilité…. En plus d'une bonne éducation.

Quand elle était au lycée, un homme plus âgé qu'elle de plusieurs années a demandé sa main. Selon l'opinion commune déterminant le choix d'un bon époux, il avait toutes les caractéristiques : belle maison... commerces… Solde pécuniaire et...  d'une famille connue.

L'argent a masqué tous les défauts. Certes, sa demande a été acceptée chez tous puisqu'il leur représente la stabilité, le bonheur et le bien-être. Et elle, elle était encore jeune, soumise, n'ayant pas le droit de refuser et de……

Imad l'avait silencieusement aimée… De deux ans son cadet, sa dignité l'empêchait d'agir en adolescent, mais le cœur ne connaît que ses propres lois…

Elle ne s'est intéressée ni à son regard, ni à son attente sa sortie du lycée… Lui, il a fait semblant d'oublier, mais en vain..

Des années se sont écoulées avant qu'il ne la rencontre par hasard au marché. Elle marchait en tenant par la main un enfant de trois ans et un autre d'un an dans une poussette… Sur son visage se dessinaient clairement une fatigue et une tristesse.

N'est-elle pas heureuse dans sa vie conjugale ? Ou bien c'est à cause des responsabilités de la famille et des préoccupations d'enfants ? Son sourire ? La puérilité de son visage ? Où sont-ils ? Elle avait l'aspect d'une femme épuisée, capitulée… Imad avait continué à la contempler jusqu'à sa disparition dans la foule.

Aujourd'hui, Imad occupe un poste dans une société… Ses fiançailles avec l'une de ses collègues ont été rompues en lui causant de nombreux problèmes. Le projet a échoué à cause de la différence scientifique et sociale. Après, il a décidé d'attendre jusqu'à ce qu'il découvre l'amour réel.


Lors d'une visite rendue à une famille de ses proches, il a été surpris par sa présence là-bas : Doha ! Un peu confus, ses traits détendus, il a pris place.

— Imad, ami de mon mari et de toute la famille.

À dit la dame avant d'ajouter :

Doha, la plus chère des amies du temps des études.

Doha eut un sourire spontané avant de dire :

Je le connais. Sa sœur n'était-elle pas notre collègue au lycée ? Mais je ne l'ai pas vue depuis longtemps ! Monsieur Imad, vous n'avez pas trop changé.

Un grand plaisir lui prit… Elle me connaît. Elle se souvient de moi… Tout en souriant, il lance :

Comment allez-vous,  et les enfants ?

Nous sommes séparés depuis un an… Les enfants sont avec lui.

  Avec un air d'étonnement..

Comment, et pourquoi ?,

Ce sujet est long et douloureux. Je ne veux pas rouvrir une blessure qui s'est cicatrisée.

Imad, en proie à des questions bouillonnantes, l'a tendrement regardée.

Faudrait-il que vous passiez une telle expérience seulement pour satisfaire l'ignorance et l'égoïsme des autres ? Payer le prix de votre jeunesse et de vos nerfs ? Troubler pour toujours le parcours de ta vie ? Maudit soit l'argent qui légalise tout. Vous voilà maintenant divorcée, triste, mère de deux enfants partagés par ci et là, sans stabilité… Ils auraient des personnalités confuses et déséquilibrées… résultat de la désintégration familiale et de l'absence d'affection, ayant dans leur mémoire et pour toujours ces événements douloureux..

Un silence bien court s'est établi. Puis, ronronnement d'une voiture, son de klaxon.. Elle se teint debout pour partir.

Je dois m'en aller… C'est mon frère qui va m'accompagner à la maison.

Ils se serrèrent la main. C'est la première fois… Un frisson délicieux parcourt tout son corps.

Oum Chadi, dites-moi comment ? Pourquoi ?

Pauvre ! Elle n'a pas de chance. Dès le début, elle a compris ses défauts : d'une humeur, maniaque, déséquilibrée, gâté par l'argent… Mais sa famille… Que Dieu les pardonne… Toutefois, c'est …. Le destin. Croyez-moi, c'est une bonne épouse, mère merveilleuse.. Mais sa dignité est au-dessus de toute considération.. Lui, il est complètement mauvais, ingrat, oublieux…Il est tombé amoureux d'une jeune fille qui lui a ravi sa raison et son argent. Il l'accueille chez lui au vu et au su de Doha et les enfants. Il rigole avec elle de façon insolente. En l'absence de Doha, elle entre dans la chambre de cette dernière et se sert de ses propres objets; son parfum, son maquillage, ses habits… Mais ce n'est pas sa faute étant petite, belle, démunie, éprise par les feux de luxe. Cet imbécile l'a déduite avec beaucoup de choses… Quand Doha s'est révoltée pour sa dignité et a émis des objections, il lui a dit :

Elle viendra pour devenir la maîtresse de cette maison. Fais autant que tu voudrais.

Il l'a épousée et emmenée à la maison. Doha s'est effondrée et a quitté la maison tout en demandant le divorce. D'abord, il a refusé, mais sous les pressions et l'insistance, il a dû céder à contre cœur. La voilà aujourd'hui chez ses parents…abattue, blessée de son amour-propre.

Oum Chadi ! Acceptera-t-elle si je demande sa main au mariage ? Demandez-lui, demain, parlez-lui ! A sollicité tendrement Imad.

L'affaire conclue, Imad, au comble du bonheur, se rend souvent chez Doha qui a recouvert la sensation de son existence et de son être. La vie est encore belle avec des gens qui ne se méfient de la divorcée à l'instar de l'ensemble de la société qui toujours s'attaque à la femme, tandis qu'elle protège l'homme par les coutumes, les traditions et par.. la loi. Auprès d'Imad, civilisé sur les deux plans : intellectuel et social, elle a goûté pour la première fois le bonheur et le repos…. Quant à son ex-mari, il est toujours aux aguets :

En prenant connaissance de l'affaire, sa première réaction a été de lui envoyer les enfants pour vivre avec elle de façon permanente, espérant par cela de lui troubler la vie avec Imad, mais Imad et elle, ils ont reçu les enfants à bras ouverts. Il a essayé de défigurer l'image d'Imad en soulevant les dires et en inventant de fausses histoires autour de lui. Tout le monde en est fatigué… Le projet a échoué par un grand problème qui fait d'elle victime d'une dépression nerveuse.

Son ex-mari a été haineux? Il l'a congédiée par force … blessé du fait qu'elle refuse de retourner à lui malgré les promesses alléchantes… elle l'a méprisé, l'a repoussé…

Deux ans se sont passés … Imad a su que Doha s'est engagée par mariage avec un homme âgé, veuf, riche, vivant seul, ayant une fortune et une autorité dans son travail. Il n'a pas d'enfants ? – Si, mais chacun d'eux a sa vie indépendante.

En hâte, Imad s'est dirigé chez Oum Chadi pour l'interroger:

Dites-moi ! Est-elle heureuse ?

Oum Chadi a observé le silence, changé de discours. Lui, il n'a pas insisté.. Il a quitté distrait la maison.

Mon Dieu ! Serait-ce son destin uniquement parce qu'elle est divorcée ? Pourquoi la société lui refuse de mener sa vie comme toutes les femmes ? De se marier avec l'homme qu'elle veut et désire au lieu d'un autre plus âgé qu'elle et bien distant de son esprit. Pourquoi lui interdire une personne capable de la comprendre, la regarder avec un œil de respect et accepter ses conditions de vie ?


"Un jour, debout au feu, attendant le vert pour pouvoir traverser la rue, une voiture luxueuse s'est arrêtée…. Il regarde attentivement… Il connaît l'élégante dame derrière le volant… Oh, Mon Dieu !!!! C'est Doha ! Il s'est cloué en place…. Qu'est-ce qu'elle a fait de son âme ? … Maquillage exagéré couvrant l'innocence de sa face mais racontant une histoire de souffrance bien claire.

Il a baissé la tête et …… traverse…."



Jeune fille orientale

 


Amour et coquetterie ont été son enfance…ses souhaits étaient des ordres… Jamais elle n'a senti la différence de la confession religieuse existant entre son père et sa mère… C'est une question relative… En grandissant, elle a entrevu une certaine tension entre eux, malgré leurs études supérieures et leur large culture. De temps en temps, elle a été face à une discussion intense, mais raisonnable, qui n'a pas atteint la limite de….

Reprends ta conscience… Pour Roula et pour mon sacrifice durant des années… Il faut que tu respectes mon être. Pour toi, j'ai défié mes parents et la société.. En dépit de toute tentative de me dissuader, je t'aime et je tiens à toi… Mais, l'amour-propre… Tu joues au feu… Je ne te reconnais … Tu me trompes ? Tu montres le contraire de ce que tu caches ?

De sa mère attachée à la vertu et aux préceptes des religions célestes… Son père est le contraire… cultivé et laïc… Dans l'esprit de sa fille, il sème ses idées que la mère trouve "corrompues" dans une société conservatrice et attachée à ses coutumes et traditions… La fille a vécu la lutte entre le conservatisme et les traditions d'une part et la liberté intellectuelle et sociale importée… C'est ce que la mère craint pour sa fille : les pensées de son père.

Une fois son diplôme universitaire obtenu avec la mention Bien. Il a été décidé d'envoyer la fille en bourse d'études en vue de poursuivre ses études supérieures. La mère en est contente : elle se soustrait de cette ambiance qui est devenue de plus en plus tendue et sa personnalité se cristallise en dépit de la souffrance de la séparation, elle reste son seul espoir de la vie.

Le père a bien accueilli la décision, il l'a applaudie. En Europe, elle pourrait adopter ses idées tout en vivant avec sur le terrain. Ce père qui fait le chantre de l'amour spirituel et de la relation conjugale… sacrée, n'est, en réalité et au fond de lui-même, qu'un homme voluptueux, esclave de corps, prisonnier de toute femme fatale… Une contradiction terrible caractérise sa personnalité, ce qui a fatigué sa femme qui a découvert tant de choses au fond de son âme. Après le départ de Roula, la mère s'est assurée que son mari avait une maîtresse du même âge de sa fille ou bien un peu plus âgée, coquette, avec un passé déshonorable… Lui, il a avoué tout simplement tout en disant : "Tu dois être réaliste !" et commence à agir de façon plus libre.. Il a annulé son existence… et a fait venir à la maison son amante – qui agit à la manière des putains – pour passer avec elle la plupart de la journée, ce qui a exaspéré son épouse qui a essayé de la chasser…

Mais lui… Il s'est révolté tout en proférant férocement et fortement les menaces.

Et si je fais comme toi ??? Prendre un amant que j'emmène à la maison, tu seras alors satisfait ?

Fais-le, si tu veux ; lance-il froidement.

Tu acceptes de m'enlever mon immunité conjugale.. tu ne t'exaspéreras pas pour ta dignité ? Ton amour-propre d'homme oriental ne se réveillera pas en toi ? Tu ne te réfugieras pas sous le toit de la loi qui te protège et me déshonore ?

Malgré tout, il s'est marié avec la coquette qui lui a imposé toutes les conditions préservant son droit matériel… Quant au staut social : peu importe.. et il a tout accepté.

Sa femme a demandé le divorce..   Lui, il a refusé obstinément… Oum Roula représente pour lui un nom et une haute valeur sociale ??? Et l'autre, c'est pour satisfaire les désirs de son corps et dissiper un complexe.

Roula est au courant de tout à travers les lettres de sa mère dans lesquelles elle explique sa souffrance, sa sensation de négligence, son amour-propre blessé, sa terrible solitude… en attendant son retour : elle, le seul espoir existant.

Son père lui a expliqué la question par une analyse psycho-scientifique tout en racontant des choses sur les besoins de l'âme humain et les exigences de l'esprit et du corps… la liberté… la sincérité envers soi-même. Les conditions de vie en Europe où elle vit, l'ont poussée à lui justifier ses actes. Elle a écrit à sa mère : "C'est sa vie… Qu'il la mène comme il veut. Et toi, vis la tienne.. Range-là de sorte qu'il ne soit pas là-dedans". La mère est foudroyée… Qu'est-ce qu'il a fait de sa fille ? Il lui a lavé le cerveau… Il a gagné le round.. et elle, elle est désespérée après avoir tout perdu avec la dernière carte présumée gagnante : sa fille.

Là-bas, Roula s'est liée d'amitié avec un étudiant européen. Cette liaison s'est vite transformée en amour… Mais quelle différence de conception de ce sentiment existe-t-elle entre nous et eux… Malgré ses prétentions de réalisme et de libertarisme.. elle garde en elle une jeune fille orientale qui croit que l'amour doit être couronné par le mariage… stabilité… famille… nom, entité et société… Son ami est bien beau…

Il a des amitiés… fait des compliments… va avec n'importe quelle fille qui lui plaît tout en considérant ça comme son droit naturel, mais quelle attitude entretient-il envers elle ? La plus intime, mais….sans attitudes sentimentales, ni relation sexuelle…il sait qu'elle refuse, comme toutes les filles orientales, le principe des liaisons sexuelles sans rapports sociaux et normes morales.

Une fois, il a essayé de l'embrasser.. ; elle s'est frissonnée et s'est éloignée de lui en signe de refus… Il s'est levé tout en criant à vive voix : "Tu n'es même pas une femme…tu n'es qu'une statuette sans sentiments". Il a blessé sa féminité… Elle a pleuré avec amertume… Elle ne veut pas capituler… Elle a peur d'avoir le sort des autres filles… Comment elle pourrait se présenter devant sa mère : symbole de chasteté et de pureté ? Comment elle pourrait faire face à elle-même et...à la société ?

Mon Dieu ! Comment Je pourrai poursuivre ma vie dans un pays dont les valeurs morales sont dégradées, sales, sans normes ni restriction ni dissuasion.

Il s'est senti dur avec elle… Il s'excuse doucement tout en l'invitant à prendre un café dehors… Elle a discuté le sujet avec lui… Il a perçu la contradiction régnant dans sa personnalité : la lutte entre ses racines et ses caractères acquis.

Allons nous marier… lance-t-il en souriant. Et de poursuivre : "Le papier enregistré saura-t-il confirmer notre union ? Te permettra-t-il de faire l'amour ? Ta mère a-t-elle tiré profit de ce papier dit acte de mariage ? Ton père ne l'a-t-il pas quittée pour une autre ? Quelle absurdité ! Ce contrat ne lui sert à rien pour le conserver… Le véritable engagement sera scellé par les sentiments et non pas par le papier…tant que je t'aime, je reste avec toi… Sinon !!! Oublions ça… Maintenant, je ne peux assumer que la responsabilité de moi-même… Je vais finir mes études, assurer mon avenir, vivre ma vie… J'ai encore beaucoup de choses à faire… Je 'en prie, Roula, Vivons la vie telle qu'elle est… Ne complique pas les choses !

 

L'image de ses parents lui revient avec toutes ses contradictions.

La lutté a déformé sa culture et l'a rendue perplexe.. Ses jugements sont troublés… Je ne pourrai pas continuer… Ici…tous les hommes sont pareils… J'ai encore les années d'études à parfaire… Reviendrai-je ?Mais chez qui ? Ma mère ? Pour tromper ses espérances. Mon père et sa femme où règne une ambiance tendue… Les bavardages des gens...je perds mon diplôme et tout avec.

Elle marche nerveusement; distraite, ses pensées se bousculent… Perte…distraction… La pluie tombe sur elle… Elle ne sent pas l'humidité… Des larmes chaudes… Elle est parvenue à un endroit sur le pont au-dessus du fleuve qui partage la ville…s'est lancée…s'est coulée avec le flot… Adieu !

 

 

* Oum : mère

 


Pour citer ces nouvelles


Nelly Taza (trad.), « Nabil Helmi Chaker, ''La divorcée'' & ''Jeune fille orientale'' » (textes traduits avec l'aimable autorisation de l'auteur et de sa maison d'édition), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-la-divorcee-jeune-fille-orientale-105377901.html/Url. http://0z.fr/CQ6hX

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Auteur(e)


Nelly Taza 


Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012

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